Biographie et évolution musicale Sa vie est une mélodie qu'il raconte en musique et spiritualité. Difficile de le faire se rapporter à sa simple existence. Chaque détour de ses phrases est le prétexte heureux à citer un vers, fredonner un poème ou raconter une anecdote de la mémoire collective.Amrani est un puit d'histoires et pas uniquement celles relatives à celles de la confrérie soufie des Hamadcha dont il s'impose localement comme le maâlem incontesté. Il fait partie de ces détenteurs d'une mémoire vivante en voie d'extinction. De ses doigts, il bat la mesure sur la table, tire sur sa cigarette et regrette toute cette culture que « la seule tradition orale ne suffira pas à faire survivre la tradition séculaire ».Abderrahim est né à Fès, précisément à Derb Mechmacha, le quartier des artistes au cœur de l'ancienne ville, avant d'être emmené par son oncle et sa tante à Constantine où il grandit. « Deux grands lieux de culture du Monde arabe », souligne-t-il. « J'habitais Souk El Assar, homa fennia, en face d'un grand maître de la musique arabo-andalouse, El Hadj Mohamed Tahar Fergani, et voilà comment j'ai passé mes 15 premières années bercé par cette musique dont je vis aujourd'hui ». L'oncle est un adepte de Malhoun. C'est auprès de lui qu'Abderrahim apprend sa première Qasida à l'âge de 4 ans, « un morceau écrit par le grand M'barek Soussi ».Ce dernier était également connu comme un auteur du XIXème siècle qui a donné des chansons érotiques très en vogue telle la populaire "youm EL Jemaa kharjou Ryam". A l'école primaire, Abderrahim suit avec assiduité les cours de musique, « obligatoires en Algérie et dont je déplore l'inexistence au Maroc ».En 1978, à la mort de Boumediene, le pouvoir de la junte militaire algérienne se déclare de plus en plus menaçante. Est-ce la peur de n'être plus accepté en tant qu'étranger ou la conscience de ne pas être à la place qui est la sienne ? Qu'importe, Abderrahim rejoint sa ville de Fès natale. Il a 16 ans et l'école n'est plus l'objet de ses préoccupations. « C'est l'histoire algérienne que j'avais étudiée, moi ». A cet âge, il assiste au côté de son père à sa première « Lila. Le destin en est scellé. Musicien tu es et musicien tu seras, au grand dam du patriarche qui voulait pour son unique fils un métier « qui fasse vivre et pas seulement rêver ».Devant un tel refus, Abderrahim doit se faire seul. Il visite les anciens, les conjure de lui apprendre l'art des musiques soufies, gratte le guembri et accompagne les différentes Taïfas. Il s'éduque aux autres Tarîqat, « Jilala, Aïssawa, Gnawa… , au Malhoun également, avant de pouvoir approcher celle de mes aïeux, Hamadcha étant la plus laborieuse rythmiquement ». Dix longues années d'initiation mystique et musicale avant de monter sa propre Taïfa en 1986. Et enfin la reconnaissance du père et du maître. « C'était à Essaouira, au Festival des Gnaouas . Les gens l'ont aidé à monter sur scène où il m'a félicité ».Abderrahim Amrani vit et travaille actuellement à Fès où il demeure l'incontournable interlocuteur de tout curieux des arts musicaux traditionnels ou des musiciens étrangers désireux d'apprendre ces rythmes séculaires.Le Chef de la Taïfa Hamdouchiyya dirige une maison de production le jour, écrit et chante la nuit. Entre les deux, chaque dimanche, il reçoit des enfants qu'il forme aux chants spirituels et conclut : « la musique est présente en chacun de nous. C'est le lieu où nous vivons qui la fait s'exprimer ».Dans un Maroc en pleine modernisation où l’avenir des pratiques traditionnelles est chaque jour plus incertain, les Hamadchas, comme les autres confréries soufies, sont menacées.
mardi 21 juillet 2009
Abderrahim Amrani
Biographie et évolution musicale Sa vie est une mélodie qu'il raconte en musique et spiritualité. Difficile de le faire se rapporter à sa simple existence. Chaque détour de ses phrases est le prétexte heureux à citer un vers, fredonner un poème ou raconter une anecdote de la mémoire collective.Amrani est un puit d'histoires et pas uniquement celles relatives à celles de la confrérie soufie des Hamadcha dont il s'impose localement comme le maâlem incontesté. Il fait partie de ces détenteurs d'une mémoire vivante en voie d'extinction. De ses doigts, il bat la mesure sur la table, tire sur sa cigarette et regrette toute cette culture que « la seule tradition orale ne suffira pas à faire survivre la tradition séculaire ».Abderrahim est né à Fès, précisément à Derb Mechmacha, le quartier des artistes au cœur de l'ancienne ville, avant d'être emmené par son oncle et sa tante à Constantine où il grandit. « Deux grands lieux de culture du Monde arabe », souligne-t-il. « J'habitais Souk El Assar, homa fennia, en face d'un grand maître de la musique arabo-andalouse, El Hadj Mohamed Tahar Fergani, et voilà comment j'ai passé mes 15 premières années bercé par cette musique dont je vis aujourd'hui ». L'oncle est un adepte de Malhoun. C'est auprès de lui qu'Abderrahim apprend sa première Qasida à l'âge de 4 ans, « un morceau écrit par le grand M'barek Soussi ».Ce dernier était également connu comme un auteur du XIXème siècle qui a donné des chansons érotiques très en vogue telle la populaire "youm EL Jemaa kharjou Ryam". A l'école primaire, Abderrahim suit avec assiduité les cours de musique, « obligatoires en Algérie et dont je déplore l'inexistence au Maroc ».En 1978, à la mort de Boumediene, le pouvoir de la junte militaire algérienne se déclare de plus en plus menaçante. Est-ce la peur de n'être plus accepté en tant qu'étranger ou la conscience de ne pas être à la place qui est la sienne ? Qu'importe, Abderrahim rejoint sa ville de Fès natale. Il a 16 ans et l'école n'est plus l'objet de ses préoccupations. « C'est l'histoire algérienne que j'avais étudiée, moi ». A cet âge, il assiste au côté de son père à sa première « Lila. Le destin en est scellé. Musicien tu es et musicien tu seras, au grand dam du patriarche qui voulait pour son unique fils un métier « qui fasse vivre et pas seulement rêver ».Devant un tel refus, Abderrahim doit se faire seul. Il visite les anciens, les conjure de lui apprendre l'art des musiques soufies, gratte le guembri et accompagne les différentes Taïfas. Il s'éduque aux autres Tarîqat, « Jilala, Aïssawa, Gnawa… , au Malhoun également, avant de pouvoir approcher celle de mes aïeux, Hamadcha étant la plus laborieuse rythmiquement ». Dix longues années d'initiation mystique et musicale avant de monter sa propre Taïfa en 1986. Et enfin la reconnaissance du père et du maître. « C'était à Essaouira, au Festival des Gnaouas . Les gens l'ont aidé à monter sur scène où il m'a félicité ».Abderrahim Amrani vit et travaille actuellement à Fès où il demeure l'incontournable interlocuteur de tout curieux des arts musicaux traditionnels ou des musiciens étrangers désireux d'apprendre ces rythmes séculaires.Le Chef de la Taïfa Hamdouchiyya dirige une maison de production le jour, écrit et chante la nuit. Entre les deux, chaque dimanche, il reçoit des enfants qu'il forme aux chants spirituels et conclut : « la musique est présente en chacun de nous. C'est le lieu où nous vivons qui la fait s'exprimer ».Dans un Maroc en pleine modernisation où l’avenir des pratiques traditionnelles est chaque jour plus incertain, les Hamadchas, comme les autres confréries soufies, sont menacées.
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Gnawa Diffusion
Gnawa Diffusion : mélange de musiques traditionnelles du maghreb, de raga, de punk, de rock, de chaâbi et de gnawa, sur des textes ironiques et critiques. le tout est porté très loin par le chanteur amazigh kateb (fils de kateb yacine, le grand écrivain algérien), un artiste à la forte présence. les
gnawa diffusionsont un futur grand groupe. parti d'un tremplin rock de la région de grenoble en 1992, ils font aujourd'hui se lever des salles entières de 8 000 à 10 000 personnes et leur tournée de 1999 les a emmenés au proche-orient, en angleterre, en allemagne, aux pays-bas... leur public est un public métissé et enthousiaste qui ne se demande même pas s'il écoute ou non de la world music et qui se reconnaît immédiatement dans la musique et les textes des
gnawa diffusion. les paroles sont un des points forts des gnawas. elles sont soit ironiques et sensuelles ("je voudrais être un fauteuil dans un salon de coiffure pour dames pour que les fesses des belles âmes s'écrasent contre mon orgueil") ou carrément politiques ("car sur ma terre natale se bâtissent de nombreux édi-fis les minarets culminent et les écoles rétrécissent fln père et fis nous mènent au sacrifice"). il est logique que les textes soient au centre de la démarche des
gnawa diffusionpuisque leur leader est amazigh kateb, le fils du grand écrivain algérien yacine kateb, mort en exil à grenoble (france) en 1989.amazigh (dont le prénom signifie "homme libre" en berbère) est un personnage. d'abord, c'est une vraie bête de scène, à la présence charismatique et dont l'énergie semble inépuisable. c'est un vrai fouteur de boxon, il le sait. et il en abuse parfois. et, surtout, c'est un garçon qui a des choses à dire, qui a trouvé son cap et qui sait le tenir. il n'est pas même sûr que les gnawas aient un plan de carrière. disons plutôt qu'ils avancent de plus en plus vite et de plus en plus loin, entraînant avec eux un public chaque jour plus nombreux. loin de la démagogie ambiante, dénonçant les magouilles et les manipulations, les
gnawa diffusionséduisent surtout par l'authenticité de leur démarche. par exemple, sur leur cd "algéria", les paroles de la première chanson ne sont volontairement pas traduites et remplacées par le texte suivant : "algéria : ce texte n'est pas traduit parce que la situation en algérie est intraduisible et ne se brosse pas en une chanson ou en un disque. il faut considérer les chansons qui en parlent dans cet album comme faisant partie d'une grande famille (discrète) d'alternatives algériennes et non algériennes. en algérie, l'encens brûle et on sacrifie les petites filles. c'est le nouveau cérémonial que nous imposent les sorciers aux bras longs. qui ne retiennent de la magie que le noir".
gnawa diffusionsont un futur grand groupe. parti d'un tremplin rock de la région de grenoble en 1992, ils font aujourd'hui se lever des salles entières de 8 000 à 10 000 personnes et leur tournée de 1999 les a emmenés au proche-orient, en angleterre, en allemagne, aux pays-bas... leur public est un public métissé et enthousiaste qui ne se demande même pas s'il écoute ou non de la world music et qui se reconnaît immédiatement dans la musique et les textes des
gnawa diffusion. les paroles sont un des points forts des gnawas. elles sont soit ironiques et sensuelles ("je voudrais être un fauteuil dans un salon de coiffure pour dames pour que les fesses des belles âmes s'écrasent contre mon orgueil") ou carrément politiques ("car sur ma terre natale se bâtissent de nombreux édi-fis les minarets culminent et les écoles rétrécissent fln père et fis nous mènent au sacrifice"). il est logique que les textes soient au centre de la démarche des
gnawa diffusionpuisque leur leader est amazigh kateb, le fils du grand écrivain algérien yacine kateb, mort en exil à grenoble (france) en 1989.amazigh (dont le prénom signifie "homme libre" en berbère) est un personnage. d'abord, c'est une vraie bête de scène, à la présence charismatique et dont l'énergie semble inépuisable. c'est un vrai fouteur de boxon, il le sait. et il en abuse parfois. et, surtout, c'est un garçon qui a des choses à dire, qui a trouvé son cap et qui sait le tenir. il n'est pas même sûr que les gnawas aient un plan de carrière. disons plutôt qu'ils avancent de plus en plus vite et de plus en plus loin, entraînant avec eux un public chaque jour plus nombreux. loin de la démagogie ambiante, dénonçant les magouilles et les manipulations, les
gnawa diffusionséduisent surtout par l'authenticité de leur démarche. par exemple, sur leur cd "algéria", les paroles de la première chanson ne sont volontairement pas traduites et remplacées par le texte suivant : "algéria : ce texte n'est pas traduit parce que la situation en algérie est intraduisible et ne se brosse pas en une chanson ou en un disque. il faut considérer les chansons qui en parlent dans cet album comme faisant partie d'une grande famille (discrète) d'alternatives algériennes et non algériennes. en algérie, l'encens brûle et on sacrifie les petites filles. c'est le nouveau cérémonial que nous imposent les sorciers aux bras longs. qui ne retiennent de la magie que le noir".
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